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L'ère des prothèses mammaires
C'est le professeur Léon Dufourmentel (1884-1957) qui a le premier l'idée d'utiliser des inclusions prothétiques vers 1930 - des implants d'ivoire, de caoutchouc au niveau du nez ; mais il ne réalise aucun implant mammaire. Grégory Schwartzmann propose quant à lui la mise en place de boules de verre.
Mais c'est après la Seconde Guerre mondiale que les spécialistes commencent à réfléchir aux prothèses mammaires. Les chirurgiens de guerre ont constaté à plusieurs reprises la parfaite tolérance, par les pilotes de la Royal Air Force, de l'inclusion des fragments de cockpit d'avion dans leurs yeux. Harold Ridley a l'idée d'expérimenter un cristallin artificiel de méthylmétacrylate en 1949. Par la suite, les implants évoluent et l'extraction d'intra-capsulaire devient extra-capsulaire. Ce sont les débuts des implants prothétiques bien tolérés.
Vers 1950, des chirurgiens effectuent les premiers essais de mise en place d'implants synthétiques afin d'augmenter le volume mammaire. De nombreux matériaux sont utilisés dès les années 1960 : l'Ivalon[1], l'Étheron[2], ou le Polystan[3]. Toutefois, l'augmentation des complications liées entre autres à l'absence d'enveloppe autour de ces mousses synthétiques conduit à l'abandon de ces implants jusqu'en mars 1962.
Franck. J. Gerow et Thomas. D. Cronin[4] ont en effet l'idée d'implanter des sacs de silicone solides, lisses et fermés, contenant un sac semi-liquide. Ils remplissent d'abord ces prothèses avec du sérum ; c'est un échec. Ils ne se découragent pas et décident de réitérer l'implantation une semaine plus tard avec des prothèses contenant du gel de silicone. L'enveloppe de la prothèse est suffisamment solide pour résister aux traumatismes accidentels tout en n'adhérant pas aux tissus environnants, et la consistance du gel de silicone est proche de celle des tissus environnants. Cette opération est un succès considérable. Mme Timnie Jean Lindsay est la première bénéficiaire de prothèses mammaires dans l'histoire de la chirurgie plastique.[5].
Entre 1963 et 1979, la prothèse est sans cesse améliorée. En 1965, le laboratoire Arion en France invente une prothèse en élastomère de silicone dont l'innovation repose sur le fait qu'elle a la particularité d'être gonflable. En 1968, Bernard Halpern définit les qualités de l'implant idéal, qui doit selon lui être fabriqué dans un " matériau ou objet susceptible de rester deux cent cinquante mille heures dans un organisme sans modification de l'organisme ou de l'implant.[6] ". Dans les années 1980, d'autres produits sont testés. Ainsi, en 1983, les hydrogels de cellulose apparaissent sur le marché[7]. Il est même proposé en Grande-Bretagne des implants mammaires à base d'huile de graine de soja qui seront retirés de la vente en mars 1999.[8] car le ministère de la Santé estime ne pas pouvoir écarter tout risque de cancer chez les femmes portant ce genre de prothèse en cas de diffusion dans l'organisme d'huile de soja.
Les années 70, la publicité DIM et les paupières de Roger Lanzac
La publicité DIM, qui montre les corps longilignes des mannequins dansant sur un rythme endiablé, illustre parfaitement les changements qui s'opèrent durant les années 1970. Ce ne sont plus les stars de cinéma qui établissent les canons esthétiques, mais les mannequins. Surtout, désormais, ce ne sont plus les hommes qui déterminent les critères de beauté, mais les femmes. Ainsi, les demandes de lifting et de liposuccion ont explosé. Comme l'explique Georges Vigarello, " la silhouette l'emporte, imposant définitivement le bas, sa référence active, mobile, sur un visage longtemps jugé dominant[9] ".
Devant une demande en nette augmentation, les chirurgiens esthétiques mettent au point des interventions de plus en plus ingénieuses, et informent de leur succès. Des millions de Français sont tenus au courant des bons résultats qu'obtiennent les spécialistes en voyant les personnalités emblématiques du petit écran se métamorphoser à la faveur d'une intervention. Le sympathique Roger Lanzac, rendu célèbre par " La Piste aux étoiles ", qu'il a présentée durant près de quinze ans, connu dans tous les foyers hexagonaux pour ses " poches " sous les yeux, apparaît pratiquement du jour au lendemain transformé par une intervention sur les paupières. Dès lors, des milliers de Français qui présentent le même type de problème savent qu'il existe une intervention efficace qui réglerait leur problème.
[1] Pangman W., Wallace R., " The Use of Plastic Prosthesis in Breast Plastic an Other Soft Tissue Surgery, " West. J. Surg., 65 : 503, 1955. Peters W. J., Smith D. C, " Ivalon Breast Prostheses : Evaluation 19 Years After Implantation ", Plast. Reconstr. Surg., avril 1981 ; 67 (4) : 514-8. Ce dérivé de l'alcool polyvinylique a été découvert en 1949.
[2] Regnault P., " One Hundred Cases of Retromammary Implantation of Etheron, Followed up for Thirty Months ", Transactions of the Third International Congress of Plastic and Reconstructive Surgery, Amsterdam, Excerpta Medica, 1964, p. 78-80. Ce dérivé du polyméthane est apparu en 1960.
[3] Neuman Z., " The Use of the Non-Absorbable Polyethelene Sponge "Polystan Sponge" as a Subcutaneous Prosthesis ", Br. J. Plast. Surg., 9 : 195, 1957. Ce dérivé du polyéthylène découvert en 1950 se présente comme une éponge de paille.
[4] Cronin T., Gerow F., " Augmentation Mammaplasty : a New "Natural Feel" Prosthesis, " Trans. Third Internat. Cong. Plast. Reconstr. Surg., Amsterdam, Excerpta Medica, 1964, p. 41.
[5] Glicenstein J., op. cit.
[6] Elbaz J., Ohana J., op. cit., p. 16.
[7] Elles sont commercialisées en Europe mais non encore autorisées en France.
[8] En juin 2000, le ministère de la Santé britannique a même demandé à 5 000 femmes porteuses d'implants mammaires à base d'huile de graine de soja de se les faire rapidement retirer en raison du possible risque de cancer pour elles ou de danger pour leurs enfants. L'huile de soja peut en effet s'insinuer dans l'organisme. " Prothèses mammaires à l'huile de soja : alerte britannique ", Le Quotidien du médecin, 8 juin 2000.
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